Je me souviens de la première fois où Dietrich m’a pris la main. Quelques minutes à peine après m’avoir vue, il a pris mes deux mains dans les siennes et m’a dit qu’il m’appréciait.
La deuxième fois, c’était quelques jours après notre bénédiction du mariage sacré, lors d’une visite à Barrytown. Nous sommes allés nous promener dans un endroit magnifique avec son ami, le docteur Masuda, et sa nouvelle épouse. Les deux couples se tenaient la main. Je me souviens que la nature était plus belle que jamais. Les cerfs nous saluaient. Marcher main dans la main avec mon mari était une expérience divine ; une telle énergie, un tel amour, circulaient à travers nos mains. Tout au long de notre vie, nous nous sommes toujours tenus la main.

Je me souviens aussi de ces moments difficiles, de ces épreuves, de ce chagrin, de cette confusion, de ces larmes qui me submergeaient. Savoir que sa main était près de moi, que je pouvais la prendre, me donnait le courage de continuer. Sans sa présence, je n’aurais pas pu persévérer.
Je me souviens aussi de ces nuits ou matins où, épuisée, je refusais de rester debout cinq minutes de plus, ou même de me lever. Mais entendre sa voix prier le ciel me réconfortait et me rassurait. C’était une douce musique à mes oreilles. Alors, je lui demandais de me masser pour me redonner des forces. Son toucher comblait mon énergie épuisée et me redonnait un nouvel espoir, une nouvelle vie. Les mains avaient un pouvoir guérisseur.
Alors que ma mère passait ses derniers jours à la maison de retraite de notre ville natale, ma famille se relayait pour être à ses côtés, pour qu’elle ne soit jamais seule. Elle avait très peur de mourir, car de son vivant, elle n’avait pas eu l’occasion d’aimer Dieu, elle ne le voulait pas, ou n’y était pas parvenue à cause des souffrances endurées. Pourtant, elle aimait son gendre comme son propre fils. Dietrich fut donc chargé de veiller sur elle la nuit.
D’une manière ou d’une autre, elle tenait à tenir la main de mon frère ou de moi, sa fille, pendant la journée. Elle nous la tenait avec une force incroyable. Même lorsqu’elle ne pouvait plus parler ni boire, serrer nos mains fut son dernier signe de vie. Le soir, mon mari lui tenait la main avec gratitude et un amour profond pour sa belle-mère. Il lui chantait des berceuses.
Quand je repense à la scène de ma mère mourante et à Dietrich lui tenant la main et lui chantant des berceuses depuis son sac de couchage, à même le sol, à côté d’elle, les larmes me montent aux yeux. C’était si réconfortant et si beau. Dieu a dû lui aussi trouver du réconfort dans cette scène.
Avant son décès, Dietrich était en soins intensifs, intubé car il ne pouvait plus respirer. Les médecins ont donc dû lui attacher les mains comme avec des menottes pour qu’il ne retire pas la sonde de sa bouche. À chaque fois que je venais lui rendre visite, je le libérais et tenais ses mains épuisées. Et la veille de son décès, notre fille Diesa, lui tenant la main, lui a demandé d’attendre encore un peu, jusqu’à ce que nous revenions tous lui dire adieu.
Les mains des couples bénis reçoivent la puissance divine du Père céleste. Maintenant que Dietrich n’est plus là, comme je souhaiterais tenir à nouveau sa main !



