
À ma très belle, très distinguée, très digne, très aimée belle-mère, Margaretha Vesely. Merci pour votre vie exemplaire et si riche de sens. J’ai vraiment beaucoup appris de vous.
Un : Vous étiez toujours joyeuse, reconnaissante et heureuse en toutes circonstances. Chaque matin, vous mettiez une belle robe, un collier élégant, et votre sourire illuminait votre visage, comme une évidence. Je ne vous ai jamais vue contrariée, irritée ou en colère.
Deux : Vous étiez toujours généreuse avec tout le monde. Vous invitiez tous les membres de la famille à vous rejoindre à l’Oberlaa, votre restaurant viennois préféré, aussi souvent qu’ils le souhaitaient et selon leurs disponibilités. Vous étendiez souvent cette invitation à la famille élargie et aux amis. Vous veilliez à ce que chacun commande des douceurs en dessert, garnies de « schlagobers », de crème fouettée autrichienne, et du délicieux café qu’on ne trouve que là-bas.
Vous laissiez toujours un généreux pourboire aux serveurs. Vous le faisiez avec amour et attention. Ainsi, chaque fois que vous arriviez, vous étiez reçue comme une VIP. Vous et Opa achetiez toujours des journaux aux réfugiés, en leur donnant un pourboire également, même si vous aviez déjà le journal à la maison.
Trois : Vous avez survécu à la guerre. Alors que vous étiez mariée à l’époque à un officier allemand, votre famille a également souffert pendant cette période. Il n’y avait pas assez à manger, alors il fallait aller à la campagne travailler dans les champs pour nourrir ses enfants.
Quatre : D’autres épreuves ont jalonné votre vie, mais vous les avez toutes traversées avec grâce et courage, en conservant toujours votre sourire, votre beauté intérieure.
Comme cela a été difficile pour vous lorsque votre fils bien-aimé est parti pour l’Amérique. Il était encore si jeune, et vous n’avez pas pu le voir pendant sept ans. Pour une mère, c’était déchirant. Je vous comprends. Puis votre fils Dietrich est revenu avec une épouse française, et vous n’arriviez pas à comprendre. Autrefois, la France, l’Allemagne et l’Autriche étaient des nations ennemies.
Cinq : Au final, d’une manière ou d’une autre, nous avons tous pu nous aimer, surmontant toutes les distances et tous les obstacles. Aujourd’hui, je vous déclare la meilleure belle-mère et votre fils Dietrich le meilleur mari que j’aurais pu avoir.
Nous vous aimons tous, Oma, et bon voyage dans l’autre monde.